Un jour, un enfant, une vie...
Un regard dans le rétroviseur à l'occasion du 15e anniversaire de la disparition de Frida Boccara, le 1er août 1996, interprète populaire de « Venise va mourir » et « Cent mille chansons ».

Ses origines sont de Livourne en Italie, mais est née le 29 octobre 1940 à Casablanca (alors en Protectorat français du Maroc), qu'elle quitte avec son frère et sa sœur après avoir passé son baccalauréat pour rejoindre Paris et s'y installer, incitée à entrer en contact avec le monde de la chanson après avoir eu l'occasion de s'entretenir avec Buck Ram, le manager du groupe américain The Platters, qui lui demande de lui envoyer quelques chansons.
Dans la capitale française, Frida y étudie le chant au Petit Conservatoire de la Chanson de Mireille et à l'Auditorium des Jeunes Artistes pour énormément travailler afin d'obtenir les meilleurs effets de voix et diction dans son interprétation, et fonde un groupe avec son frère et un ami. Sa percée musicale ne vient qu'en 1962, avec le titre « Cent mille chansons ». Grande voyageuse et polyglotte, elle a chanté sur tous les continents, jusqu'au Brésil, parlant français, espagnol et arabe, mais également portugais, russe et hébreu.
Festivals, triomphes et international
En 1961, sur des paroles d'Eddy Marnay et Jacques Larue avec une musique de Guy Magenta, elle crée « Cherbourg avait raison » et en fait un grand succès, que Michèle Arnaud (Luxembourg 1956) enregistre également la même année. Frida participe au Festival de la Rose d'Or d'Antibes en 1964 avec sa chanson « Autrefois » (proposée en présélection française de l'Eurovision mais non retenue), et en 1965 avec « Aujourd'hui ». En 1964, elle se retrouve au Festival de la Chanson de San Remo où elle émeut avec son interprétation du titre « Dernier tram », mais c'est la chanson « Non ho l'età » de Gigliola Cinquetti (Italie 1964) qui remporte le Prix.
Dans les années 60, Frida participe deux fois à un Festival de la chanson méditerranéenne, et se retrouve finaliste avec un classement honorable grâce à la qualité de son interprétation. Elle triomphe ensuite avec le 1er prix lors de la première édition du Festival de la chanson de Majorque, qui lui ouvre les portes de l'Espagne avec une exclusivité du label Discos Belter pour le pays et qui lui permet d'être diffusé sur les radios espagnoles et de paraître sur les plateaux de la télévision nationale espagnole TVE.
Frida Boccara participera également à d'autres festivals dans d'autres pays Européens jusqu'aux années 70 en remportant de nombreux prix, que ce soit à Sopot, San Remo, Rio de Janeiro, Mexico, Sofia, Brasov, Barcelone, Tokyo, Palma de Majorque, Split, Antibes-Juan les Pins, Utrecht ou encore lors du Grand Prix RTL.
On retrouvera Frida dans diverses émissions, tant en Angleterre, Pays-Bas, Allemagne ou encore en France, notamment dans les émissions de Pascal Sevran, qui après la disparition de la chanteuse continuait à diffuser ses prestations.
Durant sa carrière, Frida reçoit deux disques d'or et un disque de platine, est nommée Chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres par le Ministre de la Culture de l'époque, Jack Lang, s'est produite dans plus de 80 pays, achevant un long parcours international qui passe par l'Australie, l'Amérique du Sud, en Russie où elle vend plus d'un million de disques, aux Pays-Bas où elle est très populaire, ainsi qu'au Québec où elle fut très appréciée.
L'Eurovision
C'est en 1968 qu'elle se rend encore plus populaire grâce à la chanson « Cent mille chansons », jusqu'à sa renommée internationale obtenue à Madrid lors du Concours Eurovision de la Chanson 1969, en remportant le Grand Prix (ex-aequo avec l'Espagne, Pays-Bas et Royaume Uni) pour la France avec une chanson signée Eddy Marnay et Emil Stern « Un jour, un enfant ». Chanson qui sera parmi les plus diffusées par les radios françaises de l'époque, et ce durant plusieurs semaines et elle obtient le Grand Prix du Disque de l'Académie Charles Cros pour son 33 tours « Un jour, un enfant ».
Cette consécration de 1969 lui permet de se confirmer en interprète internationale en enregistrant cette chanson victorieuse de l'Eurovision en italien « Canzone di un amore perduto », en allemand « Es schlägt ein Herz fur dich », en anglais « Through the eyes of a child » et en espagnol « Un dia, un niño ». D'autres artistes l'enregistreront également dans d'autres langues, comme Agnetha Faltskog (ex-Abba) avec « Sov gott minn lilia van » (en suédois), Kati Kovács avec « Gyermekszemmel » (en hongrois), Jessé avec « Um dia, um criança » (en portugais) et Willeke Alberti avec « Zijn eigen wonder » (en néerlandais) ; Willeke Alberti qui reprit avec Willy Alberti quelques chansons du Concours Eurovision, Willeke qui représenta les Pays-Bas en 1994. A ces versions linguistiques, d'autres interprètes reprendront la chanson en français ou en version instrumentale tels que l'orchestre de Franck Pourcel (chef d'orchestre pour la France à l'Eurovision entre 1956 et 1972), Bruno Lorenzoni, Paul Mauriat (qui reprendra en version instrumentale « L'amour est bleu » représentant le Luxembourg en 1967 et en fera un tube mondial), ou encore Raymond Lefevre, le chef d'orchestre de nombreuses émissions de Guy Lux.
Sa victoire à Madrid en 1969 ne sera pas la dernière fois où elle approche le Concours Eurovision de la Chanson. Si en 1964 elle échoue à la présélection française pour participer à l'Eurovision à Copenhague avec la chanson « Autrefois », elle revient en 1980 à la sélection nationale française accédant à la finale avec « Un enfant de France », terminant 5e derrière Marcel Amont sur les 6 finalistes, puis tente à nouveau sa chance à la sélection française de 1981 avec « Voilà comment je t'aime », mais n'arrivera qu'en 4e place.
Un jour, un enfant, un silence
Le 1er août 1996 à Paris, elle nous quitte, emportée par une infection pulmonaire à 56 ans. Philippe Douste-Blazy, le Ministre de la Culture de l'époque déclarera que Frida était une « authentique chanteuse populaire, qui porta pendant de nombreuses années la chanson française sur toutes les scènes du monde ».
Artiste généreuse en se produisant dans plusieurs styles, comme des œuvres classiques, elle enregistre une chanson composée par sa sœur Lina, qui est dédiée à Tristan son fils, lui aussi entré dans le milieu musical.
Respectueuse des questions humanitaires, Frida participera à de nombreuses manifestations de l'UNICEF dans le monde
En 1999, Yvon Chateignier édite une compilation reprenant les principaux succès de Frida Boccara, et qui comprend des adaptations de classiques ou d'inédits notamment la chanson du film « Angélique, Marquise des anges » et « Un jour on vit », titre de cette compilation souvenir.
En 2003, Marie Denis Pelletier enregistre un album intitulé « Les Mots de Marnay » et qui comprend plusieurs titres de Frida Boccara, son inspiratrice, notamment « Cent mille chansons » et « Un jour, un enfant ».
Malgré sa disparition, des compilations ont été éditées, dont certaines uniquement pour des pays, comme « Frida Boccara canta en español » en 2003 (pour l'Espagne uniquement) ou encore « La Grand Frida Boccara, l'ultime compilation » en 2007 (pour le Canada uniquement).
> pour écouter quelques titres dont « Cent mille chansons », « Venise va mourir » et « Un jour, un enfant »... cliquez ici.
> « Un jour un enfant » - Eurovision 1969 live :
> « Un jour un enfant » - Eurovision 1969 live reprise :
> « Cent mille chansons » - live Gala UNICEF 1971 à La Haye :
(sources : eurovision-info.net / ESC National Finals / Eurocovers / wikipédia | Images : DR)
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